Interview d’Abigael de Buys Roessingh: « Ce modèle caritatif sans pareil est très performant »

18 novembre 2019

Interview d’Abigael de Buys Roessingh présidente LLL (Ladies’Lunch Lausanne)

Monde Economique: Vous êtes présidente du Ladies’Lunch Lausanne depuis 3 ans. Comment est née l’idée du Ladies’Lunch Lausanne ?

Abigael de Buys Roessingh: Après quatre années passées au sein du Conseil, c’est en avril 2016 que j’ai repris la présidence du Ladies’Lunch Lausanne (LLL). Cette association existe grâce à Madame Carmela Lagonico qui a eu la brillante idée de transformer de simples déjeuners entre amies en évènements pour lever des fonds. Avec le temps, ces déjeuners, qui ont lieu deux fois par an à Lausanne, ont pris de l’ampleur et très vite Carmela a su s’entourer de femmes engagées et compétentes ; ainsi est née notre association à but non lucratif. Cela fait 28 ans qu’elle existe.

Une fois au printemps et une fois en automne nous accueillons au Lausanne Palace entre 280 et 300 femmes de 12h à 14h pour un déjeuner assis où les participantes sont individuellement placées par nos soins. Les déjeuners sont ouverts à toutes. Pour y participer, il suffit de s’inscrire via notre site internet www.ladieslunch-lausanne.ch et de régler sa contribution, CHF 100.-, avant le déjeuner.

Grâce à la grande générosité du Lausanne Palace et de plusieurs très fidèles partenaires, entre autres « Hermès Suisse », « A L’Emeraude » à Lausanne, et « Piguet Galland », l’intégralité du montant de l’inscription est reversée à l’oeuvre soutenue par l’association. Ce modèle caritatif sans pareil est très performant: il permet à de nombreuses femmes de se réunir et d’établir des rapports lors d’une pause déjeuner tout en apportant leur précieux appui à l’action du LLL.

Monde Economique: Quelle est la mission de votre association ?

Abigael de Buys Roessingh: Son but premier est de dédier chaque déjeuner à une cause particulière pour lui apporter un soutien financier. Les fonds récoltés lors de l’évènement sont intégralement attribués à l’action choisie. Cela a permis au LLL au fil du temps de financer des projets, des fondations ou des associations, choisis avec soin, destinés à tous les âges de la vie, et répondant à des détresses très diverses en Suisse et plus particulièrement en Romandie. Ainsi, en 28 ans, près de deux millions et demi de Francs ont été distribués à 68 bénéficiaires.

La mission du Ladies’ Lunch est aussi d’être un lieu de rencontres et d’échanges destiné aux femmes actives dans des cercles divers, désireuses de s’enrichir de ce mélange de générations, et dont le point de ralliement a toujours pu se résumer en un seul mot : solidarité !

Le LLL est heureux de permettre à des petites et moyennes associations et fondations de gagner en visibilité et de pouvoir tisser entre elles des liens qui peuvent par la suite favoriser leur collaboration.

Enfin, le LLL tend à professionnaliser la bienfaisance tout en gardant la notion du don de soi bénévole. Elle établit des synergies entre le domaine du social et le monde économique, le monde politique et le monde étatique, afin de rendre l’action sociale plus performante et percutante.

Monde Economique: Vous recevez certainement un grand nombre de demandes de soutien de différentes associations, qu’est-ce qui détermine votre choix pour soutenir un projet ou le refuser ?

Abigael de Buys Roessingh: C’est un choix complexe. Tout d’abord, le Conseil s’assure que la demande est en cohérence avec les statuts qui stipulent que l’aide du LLL va à des fondations, des associations et des personnes dont l’action mérite un engagement particulier, cela sans considération d’ordre politique ou confessionnel. En règle générale, nous privilégions les demandes qui nous parviennent d’institutions qui ne fonctionnent pas avec d’énormes budgets et qui ne bénéficient pas de grandes subventions gouvernementales.

Les dossiers qui retiennent notre attention sont examinés de près. Nous rencontrons ensuite leurs dirigeants afin d’avoir une meilleure idée du fonctionnement de leur association ou fondation, et nous nous assurons de leur rigueur financière.

Le choix est fait à l’unanimité par tous les membres du Conseil, souvent après d’intenses et enrichissants échanges.

Monde Economique: Lorsqu’un projet est accepté, y a-t-il un suivi de votre part depuis son départ jusqu’à sa réalisation ?

Abigael de Buys Roessingh: Oui, et ce processus est très important à nos yeux. Les responsables de l’œuvre retenue préparent la présentation qu’ils donneront à l’occasion du déjeuner et la présentent au Conseil environ deux mois à l’avance. Ceci nous permet de la retravailler conjointement si nécessaire, car le temps de présentation est minuté et nous tenons à nous assurer de son contenu avant qu’il ne soit diffusé. Après le déjeuner, nous attendons de la part des responsables un suivi de l’attribution des fonds ainsi qu’un retour sur leur activité. Nous sommes toujours reconnaissantes lorsque le retour se fait de façon spontanée et régulière. Au fil des ans, nous constatons avec joie que de jolis liens se tissent entre les bénéficiaires du LLL et les membres du Conseil. En plus, ils contribuent souvent eux-mêmes à l’action solidaire du LLL en participant à leur tour aux déjeuners ultérieurs.

Monde Economique: Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la fonction que vous occupez au sein de l’association ?

Abigael de Buys Roessingh: De ne pas se tromper dans le choix de l’œuvre que nous soutenons. Nous mettons tout en oeuvre pour nous assurer de la qualité du projet avant la prise de décision par les membres du Conseil. Tout comme nos partenaires, les femmes qui participent fidèlement à nos déjeuners nous font confiance et reconnaissent en le LLL un label de qualité et un professionnalisme dont nous devons continuer d’être à la hauteur. Malheureusement, nous ne sommes pas à l’abri d’une mauvaise surprise et, le cas échéant, il m’incombe de porter cette responsabilité.

Monde Economique: Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

Abigael de Buys Roessingh

Abigael de Buys Roessingh: L’engagement à nos côtés de quelques fidèles partenaires financiers supplémentaires. Le Conseil du LLL compte sept membres bénévoles, et chacune d’entre elle a une activité professionnelle propre en plus du travail consacré au bon fonctionnement de l’association. Aujourd’hui, nous sommes essentiellement dépendantes des demandes de soutien qui nous arrivent spontanément par le biais de notre site internet. Si nous pouvions passer moins de temps à la recherche de fonds, nous pourrions en consacrer plus à ce qui représente l’ADN du LLL, soit  une recherche élargie et active des personnes qui vivent dans la précarité ou la souffrance quelle qu’elle soit, et qui méritent qu’on leur viennent en aide.

 

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