Interview de Jonathan Bertin : « Notre approche est celle d’un think tank »

17 mars 2021

Photo © TOTECH Innovation SA

Installée à La Conversion, l’entreprise TOTECH Innovation SA propose des solutions technologiques avancées, à haute valeur ajoutée, et clé en main afin de répondre aux défis techniques posés par ses clients et ses partenaires. L’activité s’articule autour de trois départements, notamment dans les secteurs de la sécurité incendie, des datas et de l’industrie. Une approche très personnalisée,comme le souligne Jonathan Bertin, fondateur et directeur de TOTECH Innovation SA.  

Monde Economique : Quelle est la démarche à l’origine de votre entreprise ?

Jonathan Bertin : Je suis issu du secteur de l’énergie électrique et au cours de ma jeune carrière, j’ai souvent constaté qu’il existait un peu partout dans le monde des solutions techniques innovantes qui ont fait leurs preuves et qui possédaient un grand retour « d’expérience utilisateur ». Cependant, celles-ci n’étaient pas ou peu exploitées, notamment en Suisse.
En 2014, en lançant TOTECH Innovation SA, mon objectif était de créer une structure laboratoire, un think tank comme nous avons coutume de dire aujourd’hui, afin d’échanger et de développer des synergies entre fournisseurs et constructeurs, exploitants, spécialistes et experts de la gestion des bâtiments.

Ma démarche était un peu à contre-courant à cette époque car nous n’avions rien à proposer ou à vendre, simplement des idées et des retours d’expériences à échanger. A ce moment-là, les entreprises étaient lancées dans une perpétuelle course R&D et à l’écoute du phénomène « start-up ».

Monde Economique : Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Jonathan Bertin : Oui, mais avec la prise de conscience liée à l’environnement et à la durabilité, les entreprises se montrent plus curieuses, plus attentives. Pour nous, c’est aussi cela l’innovation et c’est notre philosophie de travail : utiliser et optimiser au maximum le potentiel d’une technologie déjà existante.

En Suisse, le premier réflexe est souvent d’exercer une veille technologique sur le marché occidental pour trouver de nouvelles solutions et de nouvelles inspirations. Or, d’autres régions disposent aussi de technologies très intéressantes qui peuvent répondre efficacement aux problématiques des entreprises suisses.

Monde Economique : Par exemple ?

 Jonathan Bertin : Je pense notamment aux systèmes aérosol d’extinction incendie (K2CO3) que nous développons, une technologie mise au point en ex-URSS et qui a joué un rôle majeur dans la course à l’espace. Ce savoir-faire est tombé dans le domaine public aux débuts des années 90, ce qui l’a rendu accessible et a entraîné son développement grâce à de petites entreprises. Aujourd’hui, cette technologie est utilisée dans les pays les plus performants en termes de sécurité incendie.

Une anecdote ? Notre première étude, nous l’avions transmise en 2014 à un bureau d’études en électricité pour le compte d’une entreprise asiatique. Nous n’arrivions même pas à prononcer correctement le nom de la marque, car elle était pratiquement inconnue à ce moment-là. Lorsque je mentionnais cette référence, celle-ci n’avait aucune valeur lors de notre phase d’étude de marché et de prospection en Suisse du fait d’une vision bien trop suisso et européo centrée. Aujourd’hui, ils sont leader sur le marché de la 5G et nous avons manqué le train…

Monde Economique : Quelle est votre approche client ?

Jonathan Bertin : Notre démarche consiste à prendre un certain recul, à faire ce petit pas en arrière qui permet d’observer une situation sous un nouvel angle. Nous essayons d’apporter une réponse à la cause d’une problématique et non aux conséquences.

Dans le cas de la protection incendie, je cite très souvent l’exemple d’un lieu de stockage dans lequel vous entreposeriez des biens d’une très grande valeur. Il me semble qu’il est plus judicieux de protéger les risques d’incendie qui proviennent des éléments techniques extérieurs que de protéger le lieu de stockage exempt de tout danger. Typiquement cette réflexion est appliquée dans le domaine des transports des personnes pour lequel la problématique est la même : dans un bateau, nous protégeons les personnes du risque d’un incendie majeur non pas en installant un système d’extinction dans les cabines, mais plutôt en visant les risques qui se trouvent dans les compartiments moteurs et techniques.
Ce principe s’applique également aux entreprises et dans leurs gestions de bâtiments. La meilleure stratégie consiste à s’axer sur la cause d’un incendie, le lieu où il peut potentiellement démarrer. Et statistiquement, les accidents de ce type touchent les infrastructures électriques. Or, la plupart du temps, le processus mis en place vise à régler les conséquences (perte de biens), mais pas l’origine (le risque).

Nous commençons toujours par une analyse complète du cahier des charges en étudiant la problématique à la base, ce qui nous permet d’apporter une solution très ciblée.

Monde Economique : Quel est l’intérêt d’un point vue économique pour une entreprise ?

Jonathan Bertin : Le fait de recourir à une technologie existante et complètement adaptée à l’entreprise permet de réduire les coûts d’investissement, d’exploitation et de maintenance tout en bénéficiant d’un haut niveau de qualité.

Monde Economique : Quels sont vos autres domaines d’activité ?

Jonathan Bertin : La gestion des datas et les secteurs de l’industrie. Nous travaillons actuellement sur une solution open source permettant de superviser les chaudières d’un bâtiment d’une manière non intrusive. Jusqu’à présent, ce type de contrôle ne pouvait se faire que par le biais du constructeur et du fabricant. Or, si les chaudières sont toujours plus économes énergétiquement ou dans d’autre cas un peu vétustes, elles demandent pour cela des réglages pointus. Je suis contre l’idée : « Changeons tout pour un système plus performant sur le papier.» Et c’est là que notre solution intervient et prend tout son sens en permettant une supervision économique dans le but de mieux exploiter le potentiel technique d’un système déjà en cours d’exploitation. Ce système sera proposé durant le second trimestre 2021.

En parallèle, une équipe développe aussi à l’aide de partenaires locaux une solution de refroidissement par immersion pour les infrastructures IT. Nous espérons pouvoir démontrer les avantages de cette technologie de rupture dans un futur proche. De la musique d’avenir qui pour le moment est à l’étape de l’écriture des partitions… 

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