Interview de Olivier Pichot: le modèle de travail classique que nous connaissons va devoir évoluer vers une plus grande souplesse

14 mars 2018

Interview de Olivier Pichot – Managing Director HRCG

Le Monde Economique Présent à Genève, Lausanne, Paris et Madrid, HRCG propose depuis plus de 25 ans, son expertise aux entreprises en matière de conseil en recrutement par approche directe. Quel bilan dressez-vous de l’année qui vient de s’écouler ?

Olivier Pichot : Le bilan est mitigé car les aléas politiques qui se sont produits en France (élection présidentielle), en Espagne (crise identitaire Catalane) et en Allemagne ont créé des tensions économiques et sociales originant un climat de méfiance concernant les investissements et les embauches. De son côté le marché Suisse s’est rétracté notamment à cause d’une volonté politique restée floue concernant la votation RIE III car n’ayant pas été complètement rassurées, les entreprises internationales dont les sièges européens sont basées sur l’arc lémanique, n’ont pas fait preuve d’enthousiasme en matière de recrutement.

Le Monde Economique Le monde du travail se transforme et, à un horizon de 15 ans, le modèle classique de l’emploi relativement stable avec un employeur identifié et des horaires déterminés, va nécessairement évoluer. Comment va se lire l’avenir du travail ?

Olivier Pichot : Par nécessité sociale, sociétale et sociologique, le modèle de travail classique que nous connaissons va devoir évoluer vers une plus grande souplesse et flexibilité, notamment dans les sociétés de services et dans les fonctions dites de support. Le « part time » et le « home working » vont se développer, à court/moyen terme le salarié ira une fois par semaine au bureau faire son rapport et le point avec ses « encadrants » et le reste du temps il travaillera de chez lui. Ainsi les entreprises allègeront substantiellement leurs couts et frais fixes de locaux, cantines, etc…et le salarié devenu « nomade » pourra aussi plus facilement s’organiser pour cumuler plusieurs emplois s’il le souhaite. Par ailleurs cela facilitera aussi le travail à distance, ainsi un salarié pourra plus facilement resté domicilié à Genève tout en pouvant travailler pour une société basée à Londres, en y allant passer 48h tous les 15 jours…

Le Monde Economique A quels changements les responsables en ressources humaines vont-ils faire face ces prochaines années?

Olivier Pichot : Les paradigmes ne seront plus les mêmes, les critères d’embauches et les profils de candidats recherchés évolueront vers des aptitudes à travailler avec une plus grande autonomie et responsabilité, l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle devra être plus systématiquement pris en compte et le partage de certaines valeurs par le biais d’engagements sociaux, environnementaux et humanitaire (l’entreprise devenue vertueuse), devra se présenter comme un modèle et un guide « inspirant » pour ses salariés.

Le Monde Economique La majorité des grands cabinets de recrutement ne jurent que par l’entretien, ou plutôt les séries d’entretiens. Et d’après une étude du cabinet Deloitte, le nombre de rendez-vous avant l’embauche a augmenté ces dernières années. Le vieux CV papier et sa lettre de motivation seront-ils encore nécessaires pour candidater en 2018 ?

Olivier Pichot : Oui cela sera toujours nécessaire (d’ailleurs la lettre de motivation reste un élément clef du dossier de candidature) mais cela est insuffisant pour estimer pouvoir faire un recrutement sans risque. Seuls les entretiens menés par des professionnels peuvent atténuer ce risque car au-delà de vérifier la qualité de l’expérience (missions et responsabilités) décrite dans le cv, il est tout aussi important d’analyser la personnalité et le caractère du candidat, ses capacités d’adaptation et d’intégration dans une nouvelle culture, au sein d’une nouvelle équipe et avec un encadrement différent.

Le Monde Economique Parmi les tendances dans le secteur des Ressources Humaines, certains spécialistes évoquent de plus en plus le matching affinitaire. Est-ce le futur du recrutement ?

Olivier Pichot : Cela l’a toujours été, les affinités électives restent déterminantes pour confirmer une embauche. En effet il est de plus en plus nécessaire que le partage de certaines valeurs sociétales entre le salarié et son entreprise soit un point de convergence dans la motivation réciproque à travailler ensemble. Le salarié doit pouvoir s’identifier dans les valeurs de l’entreprise qu’il portera et défendra avec conviction et dont il sera l’ambassadeur et celles-ci cimenteront la relation salarié/employeur dans la durée.

 

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