Les leçons de la Grèce en matière de gestion de crise

19 août 2020

Par Nicolas Roth

La manière dont la Grèce a extrêmement bien géré la phase initiale de la crise du COVID-19 est passée relativement inaperçue. Les chances d’un tel scénario étaient pourtant minces sachant que le pays sortait juste d’une crise de la dette longue de dix ans. Néanmoins, le gouvernement du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a agi promptement dès les premiers signes de propagation du virus. Le pays a anticipé en imposant des mesures de confinement, en fermant les écoles et en exigeant des commerces non essentiels qu’ils cessent leur activité dès le mois de février, plusieurs jours avant que le premier décès attribué au COVID-19 ne soit recensé. Les statistiques rendent hommage à l’action du gouvernement : fin juillet, la Grèce n’avait enregistré qu’un peu plus de 4 700 cas et 210 décès. Cependant, les plus gros défis sont encore à venir. Faire face aux conséquences d’une saison estivale décevante et réduire la dépendance vis-à-vis du tourisme, poursuivre un programme de réformes ambitieux et attirer des capitaux privés compteront parmi les nombreuses priorités à l’agenda du gouvernement. La Grèce sera-t-elle en mesure de maintenir son programme de réformes et ses projets de développement face à un environnement extrêmement incertain ?

De l’austérité au redressement puis à l’incertitude

Il y a un peu plus de deux ans, la Grèce a amorcé sa transition du statut de pays européen le plus fragile à celui le plus solide, à l’aune de la croissance de son PIB et du dynamisme de son économie. Le gouvernement a mis en œuvre les réformes indispensables, les baisses d’impôts et les plans de développement ambitieux qu’il avait promis, s’ouvrant ainsi aux capitaux institutionnels en quête d’opportunités. Malheureusement, ce scénario idéal s’est brusquement évanoui lorsque la crise du COVID-19 a contraint le Premier ministre Mitsotakis à prendre des mesures exceptionnelles. Pour un pays comme la Grèce, déjà en situation de reprise certes dynamique mais fragile, une telle crise pourrait sérieusement compromettre les perspectives de croissance future. 

Dépendance excessive vis-à-vis du tourisme

Le tourisme pourrait s’avérer être le talon d’Achille de la Grèce. En effet, entre un quart et un tiers environ du PIB du pays provient indirectement du tourisme. La fermeture des frontières et l’arrêt des vols internationaux auront indéniablement un impact considérable sur le tourisme, avec des pertes estimées à quelque 10 milliards d’euros, selon une récente étude réalisée par Ernst & Young. Bien que la Grèce ait fait tout son possible pour rester aussi « ouverte » que possible pour la saison estivale 2020, ces efforts seront probablement insuffisants pour « sauver » la saison ; aux mieux, ils permettront de limiter les dégâts. Le trafic passagers en juillet n’atteignait que 15 à 25 % du niveau de juillet 2019 et certains hôtels ont décidé de ne pas ouvrir cette saison, tandis que plusieurs stations balnéaires opèrent à perte. Bien que le problème ne soit pas nouveau, la crise actuelle a rappelé à la Grèce qu’une dépendance excessive à l’égard d’un seul secteur n’est pas viable à long terme.

Cependant, ce gouvernement souvent loué pour être l’un des plus pragmatiques et efficaces au monde saura mettre cette crise à profit. En premier lieu, la gestion de la phase initiale de la crise a démontré la capacité de ce petit pays méditerranéen à faire face à une situation extrême. Une réaction prompte et efficace, la solide structure de son équipe chargée de la gestion de la crise et une communication transparente avec la population ont été les facteurs clés. En outre, le gouvernement a saisi cette occasion pour accélérer le projet longtemps attendu visant la transition numérique des PME et de l’État, et ce en l’espace de quelques semaines. Au travers d’un point d’accès unique, les PME sont désormais en mesure d’apprendre précisément auprès d’entreprises technologiquement avancées comment gérer leur marketing en ligne. La population peut maintenant obtenir des documents notariés et des prescriptions médicales en ligne, tandis que les salariés grecs ont rapidement appris à travailler à distance et à utiliser les outils de communication numériques. Ces efforts visant à assurer la transition numérique du pays contribueront à attirer des entreprises cherchant à établir leur siège en Europe du Sud. 

L’UE nouvelle génération 

Sur le front financier, la Grèce a récemment obtenu une allocation de 72 milliards d’euros, dont 32 milliards d’euros de subventions, dans le cadre du plan de relance de 750 milliards d’euros convenu par l’UE. Ces subventions représentent plus de 17 % du PIB du pays, la plus forte proportion parmi les pays de l’UE. Le Premier ministre Mitsotakis a déjà mis en place un comité de pilotage chargé d’établir un plan pour tirer le meilleur parti de cet argent frais. En outre, le cabinet du Premier ministre a été remanié de sorte à accroître l’efficacité du gouvernement dans la gestion des fonds de l’UE. Enfin, le pays tirera également de précieux enseignements du rapport rédigé par le comité Pissarides (un comité présidé par le lauréat chypriote du prix Nobel d’économie Sir Christopher Pissarides). Ce rapport vise à promouvoir « une augmentation systématique des revenus qui permettra d’accroître la productivité, l’emploi et l’investissement ». Bien que commandée avant la crise du COVID-19, cette étude jettera les bases de la prochaine phase de croissance du pays. 

La Grèce est parvenue avec brio à contrôler la pandémie sur son territoire en prenant les bonnes décisions et en les mettant en œuvre sans tarder. Le fait de disposer de dirigeants qui comptent parmi les plus compétents en Europe, outre la cote de popularité élevée du gouvernement, se révèle être un atout essentiel pour affronter la crise actuelle. La Grèce a tout à gagner à démonter qu’elle est capable de la surmonter avec succès, après 10 ans de récession. À terme, les bénéfices tirés de la gestion de cette crise feront très probablement sentir leurs effets sur de nombreux aspects de l’économie, renforçant ainsi la crédibilité de la Grèce. L’avenir immédiat sera naturellement problématique, mais compte tenu des accomplissements de la Grèce tant avant que durant la crise du COVID-19, il y a de bonnes raisons de penser que le pays s’en sortira la tête haute et reprendra avec succès le chemin de la croissance. Alex Patelis, conseiller économique auprès du Premier ministre, a récemment résumé l’état d’esprit actuel de la Grèce : « Nous ne cherchons pas à réinventer la roue ; ce gouvernement a été élu sur la promesse d’un programme de réformes ambitieux ». 

Retrouvez l’ensemble de nos articles Inside ici

 

Recommandé pour vous