CES MILLIARDAIRES QUI LISENT DES LIVRES

11 février 2020

Par Dessy Damianova

La 50-ème édition du Forum économique mondial de Davos, a vu défiler un bon nombre de grands de ce monde – des décideurs politiques et économiques, des personnalités publiques, des stars et ces incontournables milliardaires qui, pendant le demi- centenaire d’existence du Forum, en ont fait l’essentiel de la notoriété et le charme quelque peu mystérieux.

« Mystérieux », car la figure du milliardaire, qu’il soit un Américain, un Européen, un Africain ou bien qu’il provienne de cette Chine où les magnats décidément pullulent, est toujours entourée d’une aura de surnaturel et représente un profond énigme aux yeux de nous tous, gens plus ordinaires. A l’occasion du célèbre événement de Davos et de son édition jubilaire, il nous a semblé intéressant de percer un tout petit peu cet énigme, en cherchant à connaître la manière dont les gens les plus fortunés du monde se sont formés et modelés. Nous avons plus spécialement voulu savoir si les milliardaires aiment lire et si les livres ont joué un rôle dans la vertigineuse ascension qui fut la leur. 

Des ouvrages de management aux livres de science- fiction

 La vérité est qu’une bonne partie des personnes ayant conquis les plus haut sommets de la réussite et atteint des niveaux extravagants de fortune, sont, dans leurs heures libres, des lecteurs humbles et très appliqués. La question qu’on doit se poser dès lors est non pas si les plus riches lisent mais quels sont les livres qui les intéressent, les textes qui les ont formés et ceux qui sont restés leurs préférés ? 

Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches de la planète et certainement le plus grand investisseur de tous les temps, reconnaît volontiers le rôle éminemment formateur qu’ont exercé sur lui les livres. Parmi ses lectures favorites sont « The Intelligent investor » of Banjamin Graham, « Stress test : Reflexions on Financial Crises » de Tim Geithner, « Business adventures » de John Brooks, « Essays in Persuasion » de John Maynard Keynes, « The Clash of the cultures » de John Bogle.

Les ouvrages de management et de stratégie entrepreneuriale et financière sont également les livres préférés de celui qui, avec une richesse évaluée à 154 milliards de dollars, occupait il y très peu encore la première place du classement de la fortune de Forbes : Jeff Bezos. Le PDG d’Amazon achète 10 nouveaux livres par mois et, comme il se doit à un patron de géant technologique, il a une préférence prononcée pour le thème du management inspirationnel et du leadership visionnaire. Mais le fondateur et directeur de la première librairie en ligne aime également la fiction. Acquis pour la cause transhumaniste, Bezos se passionne plus particulièrement pour la science- fiction aux accents mystiques, celle de « The Remains of the day » (« Les Vestiges du jour ») de Kazuo Ishiguro (un autre roman favori du PDG d’Amazon) ou du film « A Wrinkle in time » (« Un Raccourci dans le temps »).

La science – fiction passionne aussi d’autres multi- milliardaires, et pas n’importe lesquels : Elon Musk et l’incontournable Bill Gates. Alors que Gates confie non sans fierté qu’il lit un livre par semaine, Musk, ce milliardaire au visage d’éternel garçon qui vit dans l’émerveillement constant et dans l’avidité d’aller toujours plus loin, reconnaît sincèrement, devant le Business Insider, avoir été très influencé par « Le seigneur des anneaux » de Tolkien et par le « Guide du voyageur galactique » de Douglas Adams.

Mais que lit Bernard Arnault, le Français qui, tout récemment, d’une manière inattendue pour tous, a pris la tête du classement mondial et avec sa fortune de 115,6 milliards de dollars est devenu, détrônant Bezos, l’homme le plus riche de la planète ? Eh bien, à la différence des occupants américains du podium des plus fortunés, le propriétaire du groupe mondial Louis Vuitton Moët Hennessy ne semble pas êtreun très grand lecteur. Pourtant, la sensibilité aux visions et aux images, la disposition à se laisser émerveiller et fasciner qui furent à la base de l’étonnante créativité des grands patrons des GAFFA, ne sont point étrangères à ce milliardaire à l’apparence à prime abord austère. Quand Bernard Arnault avait racheté Dior, il avait confié avoir toujours été frappé par ce nom associant « Dieu et or » et auguré, en vrai visionnaire, qu’autour de cette marque sera bâti le premier grand groupe mondial du luxe.

Un seul regret…

Les livres ont sans doute beaucoup apporté aux personnes les plus riches de notre époque. Ensemble avec la fiction cinématographique, ils leur ont imprimé un puissant élan de l’imagination et de la créativité qui a fait d’eux ces gens d’exception dont la réussite force l’admiration et le respect. Pourtant, face à la triste statistique (rappelée chaque fois à la veille du Forum de Davos) de la concentration de la richesse dans les mains de 2153 milliardaires détenant désormais plus d’argent que 60% de la population mondiale, on ne peut ne pas regretter le fait que les livres aient manqué d’infuser aux plus fortunés, ensemble avec l’imagination et l’esprit de créativité, un peu plus de décence et une responsabilité accrue face aux démunis.

 

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