LA BANQUE MONDIALE RESTERA-T-ELLE ENCORE LONGTEMPS « AMERICAINE » ?

19 février 2019

Dans les premiers jours de 2019, le président Jim Yong Kim de la Banque Mondiale donnait sa démission, laissant un petit goût d’inhabituel, d’inaccoutumé et d’atypique dans les milieux économiques et les pays concernés ainsi que dans la grande organisation internationale où cette démission- surprise survenait.

La présidence plutôt atypique de Jim Yong Kim

Atypique, Jim Yong Kim l’a été était dès le début. De nationalité américaine, comme l’exigent, pour la présidence de la BM (et contrairement à celle du FMI censée être assurée par un/e Européen/ne), les statuts de cette organisation adoptés lors de sa création en 1944,  Kim gardait en même temps un nom et une apparence asiatiques très manifestes. D’autre part, ce quinquagénaire d’origine coréenne dirigeant l’une des plus grandes institutions financières internationales était loin d’être un macro-économiste ou un spécialiste en finances : c’était un médecin et un chercheur en anthropologie.

Médecin et anthropologue, le président sortant de BM était aussi souvent critiqué d’infléchir l’action de l’institution vers un plus grand engagement humanitaire et dans le sens de champs d’action (lutte contre la famine, les pandémies, aide aux réfugiés climatiques ou politiques) traditionnellement appartenant à la sphère de compétence de l’ONU. Or, combattant la pauvreté dans le monde, la Banque Mondiale a comme vocation de faire cela principalement en finançant l’aide au développement économique et plus concrètement en accordant des prêts à taux préférentiels ou sans intérêt pour différents projets conduits dans les pays à revenu intermédiaire, dans les pays définis comme pauvres mais solvables et dans ceux qu’on considère comme les moins avancés (PMA).

C’est d’ailleurs ce qu’on attendrait, entre autres, du futur nouveau président de la Banque Mondiale – un retour à la vocation principale de l’institution financière.

Mais où chercher la perle rare ?

C’est la question que tout le monde se pose. D’après les statuts de la BM, c’est l’administration américaine qui doit proposer et présenter un candidat ; les Etats- Unis ont également un vote décisif (presque 15,85% de la totalité des voix) dans l’élection du nouveau dirigeant. Celle-ci, dans sa phase finale, passerait aussi par une « interview »  avec le président américain : en 2012, Jim Yong Kim était élu après un « entretien d’embauche » avec… Barack Obama, alors à la tête des Etats- Unis.

Entrer dans les bonnes grâces du président américain est essentiel pour toute personnalité qui aspire à couronner sa carrière par une accession au poste le plus élevé de la prestigieuse Banque Mondiale. Ivanka Trump n’aurait pas eu ce souci si elle avait posé sa candidature, comme d’ailleurs certains l’ont cru initialement: femme d’affaires et conseillère de Donald Trump, elle est surtout et avant tout la fille de l’actuel président des Etats-Unis. Finalement, la rumeur d’une Ivanka candidate au plus haut poste de la Banque Mondiale s’est avérée inexacte ; la jeune femme n’aspirerait pas à la présidence de BM mais se tiendrait prête à aider dans la recherche de la perle rare susceptible de diriger l’institution financière dans les années à venir.

Dans l’interim, le 1 février, c’est une autre femme qui s’est retrouvée à la tête de la Banque Mondiale pour la reconstruction et le développement : la Bulgare Kristalina Georgieva. Ex- commissaire européenne en charge du budget et candidate malheureuse, en 2016, au poste de directeur général de l’ONU, K. Georgieva a très peu de chances d’être élue présidente permanente de la Banque Mondiale et, après en avoir assuré l’interim, retournera sans doute à son poste de directrice exécutive de l’institution, poste qu’elle occupe depuis déjà quelques années.

La question se pose de savoir si, avec un ex-président autant américain qu’asiatique et avec une femme européenne comme dirigeante par interim, la BM ne va pas vers un assouplissement de l’exclusivité détenue jusqu’alors par les Etats- Unis sur le poste le plus élevé dans cette organisation ? Lors des deux dernières élections pour la présidence de la Banque, les pays émergents avaient exprimé leur désir de voir la suppression imminente de ce monopole devenu, dans le contexte actuel, passablement suranné et obsolète.

Et si le nouveau président (ou présidente) de la Banque Mondiale venait vraiment d’ailleurs – de l’Amérique du Sud, de l’Asie, de l’Afrique ? 

Et si, justement, la perle rare était une perle noire ?

 

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