Les acquisitions d’entreprises chinoises en Europe toujours en net repli – augmentation significative en Suisse

5 février 2019

►    En 2018, la valeur des reprises chinoises en Europe a chuté de 46 pour cent, à 31,2 milliards de dollars

►    Le nombre de transactions a baissé de 21 pour cent à l’échelle européenne

►    L’Allemagne et la Grande-Bretagne restent les destinations d’investissement les plus prisées

►    Le nombre de transactions en Suisse a pratiquement doublé en 2018
 

Les investisseurs chinois se font de plus en plus rares en Europe: En 2018, le nombre de reprises et prises de participation en Europe a diminué de 21 pour cent (196) par rapport à 2017, et le volume des investissements a reculé de 46 pour cent, à 31,2 milliards de dollars US.

Après l’Allemagne (35 transactions) et la Grande-Bretagne (34 opérations), l’Italie (20 transactions) et la France (16 reprises) ont été les principaux marchés cibles des investisseurs de l’Empire du Milieu. L’entrée de Geely au capital de Daimler s’est avérée de loin la plus grosse opération en Europe. En deuxième position se place l’acquisition -encore à venir- du fabricant finlandais d’équipements sportifs Amer Sports Oyj par Anta Sports pour 6,3 milliards de dollars US. Puis vient la reprise totale de l’opérateur italien de téléphonie mobile Wind Tre par CK Hutchinson, pour 2,9 milliards de dollars US. Au total, cinq transactions représentant un volume supérieur à 1 milliard de dollars US ont été comptabilisées – l’on dénombrait onze opérations de ce type l’année précédente.

C’est ce qu’indique une étude du cabinet d’audit et de conseil EY qui analyse les investissements de F&A d’entreprises chinoises en Suisse et en Europe.

«Les activités de transaction ont diminué en Europe pendant cinq semestres consécutifs», déclare Yi Sun, directrice de China Business Services Allemagne, Autriche et Suisse chez EY. «Les raisons de ce repli constant sont multiples. D’une part, les conditions cadres en Chine ont changé: le gouvernement souhaite éviter des sorties de capitaux excessives et concentrer l’activité d’investissement dans les secteurs clés. D’autre part, l’économie chinoise n’affiche plus la même croissance que par le passé, ce qui incite à une plus grande prudence, en particulier dans le cadre des grandes transactions. Par ailleurs, les investisseurs chinois en Europe ne sont plus accueillis partout à bras ouverts.»

Le processus de transaction est également devenu plus complexe, ajoute Yi Sun: «Depuis plusieurs années, les propriétaires de sociétés européennes exigent des investisseurs chinois, dès le début d’un processus de vente, la preuve des ressources financières nécessaires. De plus, une planification détaillée de l’intégration est fréquemment attendue. L’existence d’agréments octroyés par les autorités chinoises est depuis lors souvent requise.»

Près de deux fois plus d’opérations en Suisse

«Sur les quatre principaux marchés cibles, le nombre de transactions a considérablement chuté au cours de l’année écoulée, alors qu’il a presque doublé en Suisse», observe Stefan Rösch-Rütsche, responsable du conseil en transactions chez EY en Suisse. Ainsi, dans ce pays, en 2017, sept acquisitions par des sociétés chinoises ont été enregistrées au total. En 2018, elles étaient au nombre de 13: Bally International, Mercuria Energy Group, Swiss Educ Group, Antiquorum Management, SDH, Viewster, Lista, Takeda Chromo, Ernest Borel, Granite Capital, Technosoft Motion, Sdataway et M.A. Med Alliance.

Le conflit commercial avec les États-Unis fait figure d’obstacle

En cas d’apaisement du conflit commercial sino-américain et de reprise de la conjoncture chinoise, les entreprises chinoises seront aussi de plus en plus disposées à investir, selon l’analyse de Yi Sun. Néanmoins, un taux d’activité de transactions unpeu frileux est à prévoir temporairement: «Il y aura relativement peu de reprises par les investisseurs chinois dans les mois à venir. Les conditions cadres en vigueur sont tout simplement trop difficiles.» Toutefois, Yi Sun prévoit à moyen terme une augmentation significative des activités. Depuis quelques années, les sociétés chinoises d’investissement et de capital-investissement, qui possèdent déjà des dollars américains ou des euros à l’étranger, gagnent de plus en plus en importance. 

Tendance: moins d’entreprises industrielles, plus d’entreprises de produits de consommation

Le nombre d’entreprises industrielles européennes acquises a été approximativement réduit de moitié, passant de 79 en 2017 à 39 en 2018. Dans le secteur de la technologie de pointe également, l’activité de transaction a enregistré un repli, passant de 32 à 22 opérations. En revanche, le nombre de transactions dans les secteurs des biens de consommation et des services a augmenté: de 13 à 27. Outre les joailliers et fabricants de meubles, figurent à titre d’exemple, parmi ces transactions, des écoles de langues, notamment au Royaume-Uni.

«Une classe moyenne au fort pouvoir d’achat et facilement dépensière croît en Chine, mais il n’existe actuellement guère de marque de renommée mondiale dans le segment médian ou du luxe. C’est pourquoi les investisseurs chinois recherchent de plus en plus de producteurs européens de produits de consommation de renom depuis environ trois ans», explique Stefan Rösch-Rütsche. «Dans le segment du commerce électronique, de nombreux acteurs du marché européen manifestent par ailleurs un vif intérêt pour les compétences des acteurs chinois du commerce électronique dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la logistique moderne. Dans ces secteurs aussi, il devrait y avoir davantage de transactions à l’avenir.»

 

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