LES LONGUES VACANCES D’ÉTÉ – UN PRIVILEGE OU UN PIEGE ?

5 août 2019

Par Dessy Damianova

Dans le tourbillon de l’année active, avec son lot d’épreuves, de tensions et de contraintes routinières, la perspective de longues vacances estivales enchante plus d’un. Une liberté totale, le sentiment d’appartenir enfin à soi-même et de disposer de son temps comme on l’entend : on ne peut imaginer le congé estival que comme une séquence longue, lente et nonchalamment traînante. En un mot : une trêve de pas moins de trois semaines. Une vraie évasion. Une vraie immersion aussi – que ce soit dans la mer ou tout simplement dans la plénitude de l’été et dans la grâce du farniente.

L’image est peut- être trop belle pour être complètement réelle. Les vacances annuelles représentent, entre autres, un temps psychologique dont la durée, si trop prolongée, laisse certains d’entre nous désemparés et désaxés. On n’est pas tous doués pour rester longtemps sans rien faire… La question se pose alors de savoir si les longues vacances sont tellement bénéfiques que l’on le pense et tellement reposantes qu’il n’y paraît…

A qui les longues vacances profitent-elles le moins ?

Deux catégories de vacanciers se détachent pour qui un repos de plus de trois (et même de deux) semaines consécutives peut être contre- indiqué – deux catégories qui, en effet, représentent les deux degrés extrêmes de consécration (psychologique, émotionnelle et purement professionnelle) au travail. Il s’agit, d’un côté, de ceux qu’on appelle les « workaholics », (les « enragés », les « bourreaux de travail) et de l’autre – de ceux pour qui, à l’inverse, le « boulot » est une contrainte, voire une souffrance.

Pour ces derniers, les longues vacances signifient le plus souvent la rupture totale avec un milieu hostile, une parenthèse heureuse dont ils espèrent ne voir point la fin…Pourtant, aussi longue que soit cette parenthèse, vient le moment où elle se ferme et laisse les principaux concernés au seuil de la reprise, à la veille d’une rentrée qui risque d’être d’autant plus douloureuse que la rupture psychologique avec le lieu professionnel avait été complète. Une réadaptation plus ou moins longue serait alors nécessaire au salarié pour qu’il rentre dans sa forme et son rythme habituels. Envisagées du point de vue du bien-être du salarié au moment de la rentrée, en même temps que de l’intérêt de son entreprise qui, ne l’oublions pas, compte sur les vacances des employés pour bénéficier, en fin d’été, d’un travail plus efficace, plus performant et plus rentable, les longues vacances réussissent rarement aux employés peu motivés et à ceux qui conçoivent leur travail comme un exercice imposé, une ennuyeuse routine ou une contrainte.   

Mais le congé de plus de trois semaines ne réussit pas mieux aux employés dont le profil est exactement à l’opposé de celui que l’on vient de décrire. Pour des raisons diamétralement inverses,  les longues vacances dépitent le « workaholic », et cela non pas seulement vers leur fin mais encore dès la première semaine. Le « bourreau de travail » en est vite ennuyé : pour lui qui a mis  l’activité professionnelle au centre de sa vie, qui l’a laissé remplir jusqu’aux recoins les plus intimes de son existence, le farniente estival provoque très rapidement un ressenti de vide existentiel et, ce qui est plus difficile et éprouvant à endurer encore, un face-à-face avec soi-même, un face-à-face qu’en temps « normal » le « workaholic » prenait bien soin pour éviter – notamment par un travail acharné, sans relâche, de tous les instants.

Mais alors à qui le long congé profite-t-il le mieux ?  Et quelle serait la durée idéale des vacances d’été ?

Il paraît que ceux qui jouissent le plus de l’option du cumul des semaines de vacances et donc d’un congé plus long seraient les employés, le plus souvent au-dessus de 40 ans, qui ont un engagement stable envers leur entreprise et une attitude positive, équilibrée et posée envers leur travail. C’est le type d’employés qui n’envisagent point le travail comme une contrainte mais qui ne lui vouent non plus un culte, ni n’en font le seul sens de leur vie. De tels estivants ne sont jamais ennuyés par la longueur de leur repos ; mais ils ne redoutent non plus la rentrée quand elle arrive.

En dehors de cette catégorie qui se sent à l’aise aussi bien au travail que dans le désoeuvrement vacancier, le long congé et la rupture qu’il constitue d’avec le lieu professionnel peut représenter un défi difficile à relever pour les employés. A cause de cela, les spécialistes du bien-être au travail préconisent le non- cumul des semaines libres qu’ils conseillent de répartir par tranches plus ou moins grandes durant l’année active. La « tranche » idéale serait celle de deux semaines prises d’affilée, pendant l’été. Une telle trêve estivale permettrait à la personne concernée, d’après Dr Fr. Baumann, spécialiste de l’épuisement au travail, de vivre ses vacances en deux temps plus ou moins bien distincts : une première semaine consacrée au repos complet et une deuxième semaine dédiée à la pleine et active jouissance des bienfaits de cette unique période de grâce.

 

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