L’intelligence artificielle va-t-elle signer la fin du métier de traducteur ?

5 novembre 2019

Par Valérie Macquet

L’intelligence artificielle fascine autant qu’elle fait peur…Son développement fulgurant bouleverse la donne dans de nombreux secteurs et dans le même temps, inquiète beaucoup de corporations qui craignent que la « machine » ne vienne se substituer à l’homme. Qu’en est-il des métiers de la traduction ? Ses acteurs se sont considérés à l’abris des assauts de l’AI pendant longtemps car les approximations et les contresens de Google prêtaient à sourire et laissaient penser que les subtilités de la langue et les expressions techniques resteraient pour toujours l’apanage de l’Homme.

Mais c’était sans compter sur l’arrivée de la « Neural Machine Translation » (NMT) qui est venue mettre un coup de pied dans la paisible fourmilière de la traduction. Voyons de quelle manière elle est en passe de la révolutionner ; et si l’homme a raison de s’en méfier…

L’arrivée de la « Neural Machine Translation » est venue mettre un coup de pied dans la paisible fourmilière de la traduction

Qu’est-ce que la NMT ?

La traduction automatique neuronale est une technologie qui permet de traduire des millions d’informations en temps réel. Basé sur les réseaux neuronaux informatiques, le système est conçu pour répliquer le cerveau humain. Il n’appréhende plus les phrases selon des séries de mots mais dans leur globalité, afin de   les traduire de la manière la plus fidèle possible. Pour ce faire, la machine est alimentée par de très gros volumes de données terminologiques : mots, textes, segments de phrases… Données exploitées via des logiciels d’intelligence artificielle afin de produire des traductions automatisées très fines et très fiables. Dans certains cas, les données peuvent être inhérentes à un métier ou un secteur particulier afin de donner le jour à des traductions spécifiques (ex :  scientifiques, médicales, juridiques etc.) 

L’outil de traduction aussi perfectionné soit-il, sera toujours dépourvu de la sensibilité du traducteur humain…

Quels sont les acteurs du marché de la NMT ?

Le Google translate disponible en 103 langues est à la pointe de cette révolution.

Mais Google est talonnée par Microsoft qui a lancé en novembre dernier son Microsoft translator, disponible en soixante langues et qui privilégie les conversations groupées : une centaine de personnes peuvent ainsi converser en même temps en utilisant le logiciel… Idéal pour les entreprises souhaitant organiser des réunions internationales inter filiales, traduites en temps réel.

Enfin, Systran, une entreprise Sud-coréenne qui dispose de bureaux à Paris et San Diego propose des traductions dans trente langues uniquement mais privilégie par contre la spécialisation métier, en alimentant ses algorithmes de terminologies dédiées comme, par exemple, celles des domaines automobiles ou chimiques…

La NMT constitue-t-elle une menace pour les traducteurs professionnels ?

La NMT correspond à une intelligence artificielle proche du fonctionnement d’un cerveau humain, ce qui lui permet d’appréhender la complexité de la langue et de la restituer aussi bien, voire même mieux qu’une personne native… Certes ! Pour autant, sans l’homme, elle n’est rien.  Car ses performances sont soumises à la « post édition », qui, menée par des équipes de traducteurs professionnels consiste, dans sa version « légère » à corriger les erreurs les plus simples : fautes d’orthographe ou de grammaire, contenus inappropriés, omissions…etc. Dans sa version « complète », elle garantit une qualité irréprochable grâce à un travail (humain !) de relecture approfondie portant sur la terminologie, la syntaxe, le ton, le style, etc.

L’intelligence artificielle représente pour le professionnel une aide non négligeable

Par ailleurs, l’outil de traduction aussi perfectionné soit-il, sera toujours dépourvu de la sensibilité du traducteur humain… Celle qui lui permet non seulement de comprendre le sens d’un texte, mais aussi ses subtilités linguistiques, ses nuances, ses références culturelles, ses clins d’œil humoristiques… Bref, l’interprétation des pensées de l’auteur.

Ainsi, il est fort peu probable que l’intelligence artificielle se substitue complètement à la sensibilité humaine. En revanche, elle va maintenant aider le traducteur à traiter rapidement de gros projets qui sont – du fait de la NMT- négociés avec des délais de plus en plus serrés.

Ainsi, en traduisant d’énormes volumes de textes en quelques minutes alors qu’un très bon traducteur dépasse rarement les 3.000 mots par jour, l’intelligence artificielle représente pour le professionnel une aide non négligeable. Elle ne remplacera par contre jamais cet orfèvre de la langue… ! 

 

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