PROCRASTINATION ET EFFICACITE EN BERNE : COMMENT LES DEMYSTIFIER ET LES COMBATTRE ?

8 avril 2019

Derrière le mot de procrastination, terme savant et long – étendu sur pas moins de six syllabes – se cache un phénomène qui à son tour a beaucoup à voir avec l’idée de longueur, de durée et d’extension. Il s’agit de l’habitude de remettre à un moment plus tardif l’accomplissement de certaines tâches.

Des retardataires ordinaires, occasionnels, nous le sommes tous quand, de temps en temps, nous nous permettons de reporter au lendemain la difficulté de nous attaquer à une tâche complexe ou le stress d’entreprendre certains gestes et actes. Mais nous devenons des procrastinateurs du moment où nos retards deviennent systématiques et notre habitude de remettre des choses importantes au lendemain se transforme en un problème chronique.

Les procrastinateurs sont souvent des perfectionnistes qui se font un point d’honneur à ne jamais décevoir ni les autres, ni eux-mêmes par un travail médiocre ou incomplet. Souvent, cela les amène à attendre la mise en place des conditions idéales pour entreprendre les tâches à accomplir. L’attente d’un tel moment optimal pourrait parfois se prolonger de manière critique faisant perdre, à la personne concernée, du temps précieux et de l’énergie.

Et ill faut reconnaître que, de nos jours, il y a largement de quoi « meubler » ce temps d’attente – et de quoi le prolonger aussi. La possibilité de nous connecter à tout moment à l’Internet, de répondre aux emails (qui, du coup, paraissent tous très urgents !), d’aller sur Facebook, de regarder des vidéos voire de visionner des films entiers (quand on procrastine, ceux-ci paraissent encore plus captivants !), permet d’occuper ce vacuum temporel tout en restant avec une conscience plus ou moins tranquille. Mais c’est là un grand piège : ayant accès à des sources de distractions aussi abondantes, on a tendance à prolonger le sursis qu’on s’est accordé, et cela, au bout d’un moment, finit par provoquer une mauvaise conscience, une chute vertigineuse de l’humeur et la défaillance générale des forces psychiques, avec des manifestations physiques et psychosomatiques.

La procrasination entrave l’élan vers le succès. Comment s’en débarrasser ?

Engendrée par des idées négatives, centrée sur la peur de l’échec, la procrastination entraîne, notamment, à son tour avec elle, une pléthore d’effets tous plus négatifs les uns que les autres – sentiment de mauvaise conscience, d’impuissance, d’autodépréciation, chute de la confiance en soi, divisions et conflits intérieurs. Du début jusqu’à la fin, c’est une vraie spirale du négativisme ! Jouant sur le flou voire sur un certain mystère qui, notamment, la rapproche à des concepts comme démon (on parle du « démon de la procrastination » !) superstition (obéissant à une sorte de réflexe quasi superstitieux, le procrastinateur fait abusivement dépendre la réussite de son travail de circonstances qui lui sont complètement extérieures et étrangères), rituel (le retardataire endurci s’invente des rituels qu’il exécute scrupuleusement et sans l’accomplissement desquels il ne peut pas aborder les tâches essnetielles), jouant donc sur ce côté mystère, la procrastination paraît comme une fatalité contre laquelle on peut difficilement lutter. Mais est-ce vraiment si difficile de la combattre ?

Et si l’on l’attaquait justement sur son côté « mystère » ? Si l’on démystifiait la procrastination en la soumettant à une analyse concrète et précise ? On peut par exemple essayer de découvrir comment cette mauvaise habitude s’est introduite dans notre vie, quels en étaient les facteurs déclencheurs, quel était le cas concret où nous avons pour la première fois agi d’après la logique de l’ajournement et de la temporisation. Répondre à de telles questions n’amènera pas tout de suite la délivrance mais contribuera à dissiper, au moins dans un certain degré, ce sentiment de mal fatal qui s’est mystérieusement emparé de nous et dicte notre comportement et conduite dans le sens d’un éternel retard.

Un autre pas vers la démystification de ce mal, surtout quand celui-ci est provoqué par la tentation de remettre au lendemain des tâches volumineuses et complexes, consiste à adopter l’habitude de diviser chaque fois lesdites tâches en plusieurs parties et d’accomplir ces tranches de travail suivant un agenda bien défini et établi. En opposant des dates limites aux dates « flottantes » et aux sursis illimités, en endiguant le temps, nous poserons déjà les pieds sur une terre plus ferme et reprendrons les rênes de nos affaires.

Mais n’oublions pas l’essentiel : la procrastination relève d’une vision foncièrement très négativiste- pessimiste du futur : on se voit toujours en échec, incapable de satisfaire les attentes, on prévoit toujours des scénarios- catastrophes… Tant que nous ne nous attaquons pas à ce dispositif pessimiste, véritable syndrome négativiste, qui s’est mis en place dans notre conscience, nous ne pourrions pas espérer une guérison complète et définitive de la procrastination. C’est seulement en cultivant une vision plus optimiste, plus confiante et plus sereine de nous-mêmes et des autres que nous parviendrons à cette fin.  

 

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