UNE FEMME DE L’EST A LA TETE DU FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL

6 octobre 2019

A partir du 1 octobre, le Fonds Monétaire International a une nouvelle directrice générale : Kristalina Gueorguieva. Cette économiste bulgare qui a succédé à Christine Lagarde, partie prendre les rênes de la Banque Centrale Européenne, connaît depuis quinze ans un parcours international sans faille où même les échecs semblent féconds et porteurs de succès. Candidate malheureuse au poste de secrétaire générale des Nations Unies en 2016 et plus récemment – à la présidence de la Commission Européenne, Mme Gueorguieva compte dans son « CV » de haute fonctionnaire internationale des portefeuilles tels que Commissaire européenne à la coopération, l’aide humanitaire et la réaction aux crises (2010 -2016) et Vice- présidente de la Banque Mondiale (2017-2019).  

La candidature de Kristalina Gueorguieva à la direction générale du FMI a été fortement appuyée par la France et, dit-on, personnellement par Emmanuel Macron. Les ambitions de leadership européen que le président français affiche s’expriment, entre- autres, dans des velléités de parrainer l’Europe de l’Est. Aussi, le président Macron a-t-il soutenu Mme Gueorguieva comme s’il s’agissait d’une candidate à cent pour cent française au poste suprême du FMI. « Un véritable triomphe pour la France », s’est-on réjoui dans l’Hexagone.

Kristalina Gueorguieva et la question de l’égalité hommes- femmes.

Malgré ses puissants parrains (à part la France, les Etats-Unis et la Russie ont également appuyé sa candidature), dans son ascension vers le sommet du FMI Kristalina Gueorguieva a dû compter surtout sur ses propres qualités et sa propre expertise économique. Assez vaste, celle-ci s’articule autour de la problématique de l’environnement et de sa protection dans les conditions d’une croissance économique intense. A ce thème étaient consacrés le doctorat et le post- doctorat de la future cheffe du FMI qui, d’autre part, a beaucoup oeuvré pour l’avancement de la cause de l’égalité hommes- femmes.

Egalité – oui, quotas – non. Pas plus que féminisation tendancieuse des postes à haute responsabilité : c’est ce que pensent certains sceptiques que la « prise » massive, par des femmes, des postes suprêmes des organisations mondiales, irrite et inquiète. Or, troisième mandat d’impulsion française (après Christine Lagarde et Dominique Strauss- Kahn), Mme Gueorguieva incarne aussi un deuxième mandat consécutif de femme au poste suprême du FMI.  Cela a fait dire à Joao de Almeida, ex- conseiller de la Commission Européenne : « Je voudrais vivre dans une société où les femmes ont les mêmes opportunités que les hommes et où elles peuvent accéder aux postes à haute responsabilité sur base de leurs qualités et de leur mérite, et non pas parce que c’est ce qu’imposent les quotas » (Nous citons d’après Euro/Topics).

Parmi les lacunes reprochées à Kristalina Gueorguieva est celle de sa faible expérience sur les questions financières, une carence qui tranche sensiblement avec le caractère par définition monétaire du Fonds Monétaire International et que les autres compétences de la Bulgare, n’arrivent pas à combler entièrement.

Nul n’est prophète dans son pays.

Des sceptiques et des détracteurs ne manquent en Bulgarie non plus. Encore à l’annonce de la candidature de Kristalina Gueorguieva à la direction du FMI au mois d’août, plusieurs journaux locaux ont tenu à rappeler le vrai prénom de la dame de fer : à sa naissance en 1953 (année de la mort de Staline), ses parents l’auraient appelée Stalinka. Kristalina est venue beaucoup plus tard, assure-t-on, quand le culte du « Père des peuples » fut aboli en Bulgarie, comme en Russie soviétique.

Mais en général, la nouvelle de l’élection de Mme Gueorguiéva a été accueillie, dans son pays, avec indifférence et détachement. La Bulgarie, petit pays, donc très friande de signes de reconnaissance, manque étrangement d’enthousiasme face au succès de son illustre citoyenne…

Et pourtant, il ne s’agit pas là seulement d’un succès personnel; la brillante performance de Kristalina signifie aussi une grande percée diplomatique de son pays sur le plan européen et mondial. D’autre part, c’est justement en tant que ressortissante du petit pays balkanique que Mme Gueorguieva incarne un tournant dans l’histoire du FMI : pour la première fois, le dirigeant de la prestigieuse institution vient d’un Etat n’appartenant pas à la sphère des « riches ». Non membre la zone euro, la Bulgarie, poursuit toujours de sérieuses réformes et lutte contre de graves problèmes de corruption. 

 

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